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La Torture musicale, ou comment la Musique peut elle devenir une arme? Comment l’Homme peut il transformer une de ses plus belles création en outil de torture implacable capable de briser n’importe qui? 

C’est avec cette sombre thématique que cet article se déroulera en plusieurs étapes. Navigue avec l’INDEX interactif pour aller directement dans les parties qui t’intéressent le plus:

Les origines de la Musique comme arme

Le terme de torture musicale comme on pourrait se l’entendre est assez récent à l’échelle de l’Histoire de l’Humanité. Cependant, la Musique, et plus particulièrement le son ont déjà eu de nombreuses utilisations d’intimidations.

Remontons par exemple à l’Antiquité, direction l’Europe Celtique. Des récits Romains rapportent la peur des légions face à des bruits terrifiants. Ces bruits terrifiants sèment la peur dans les rangs des militaires Romains. 

Ils sont attribués à un simple instrument Celte, de la famille des Cuivre, le Carnyx. Ne sert pas à interpréter de la Musique à proprement parler, mais il à la communication sur les champs de batailles.

En plus de servir à la communication entre soldats, il servait aussi à effrayer l’ennemi. En effet, les envahisseurs n’avaient pas l’habitude d’entendre de tels sons. Cela jouait inévitablement sur leur moral, leur raison, jusqu’à les pousser à s’enfuir pour les plus craintifs.

C’est donc une des plus anciennes utilisations du son pour agir sur la psychologie humaine. Pour les plus curieux, voici un extrait vidéo d’un Carnyx en action. On se rend assez vite compte le vacarme que plusieurs centaines de ces instruments devaient produire sur le champs de bataille. 

Carnyx en vidéo

Mais l’utilisation du son comme arme psychologique n’est pas cantonnée qu’à l’Antiquité. En effet, plus on se rapproche de l’époque moderne, plus le son et la Musique deviennent des outils de terreur. 

Ainsi c’est surtout avec l’avènement de la Seconde Guerre Mondiale que verront le jour des systèmes de plus en plus sophistiqués. Les progrès technologiques imposent une utilisation bien plus efficace.

Entre autres, les Nazis sont parmi les premiers à s’intéresser à la Torture Musicale. Ils reconnaissent très vite le pouvoir que le son peut exercer sur la psychologie humaine. Plusieurs armes sonores furent donc déployées pendant la Seconde Guerre Mondiale. 

Leur but? Terroriser l’ennemi. Voici l’une d’entre elles.

Le Junkers Ju 87

Junkers Ju 87 équipé de sirènes servant à produire un son servant à terrifier les civiles. Il illustre la torture musicale et sonore de cette manière

Un des bombardiers en piqué les plus malheureusement célèbres de l’Histoire. Et pour cause, il traumatisa les civiles à chaque passage. Cet appareil avait deux rôles bien précis, la destruction et la terreur.

Ce sont les sirènes très caractéristiques de cet avion qui le rendait terrifiant ne serait-ce qu’a sa simple approche. Le son généré par les sirènes fixées à l’avant de l’appareil signifiaient l’approche imminente d’une mort certaines. 

Même sans bombe, il provoquait la fuite des civiles.

Mais malgré ses sonorités effrayantes, nous sommes encore bien loin de la torture musicale à proprement parler. Ce n’est qu’avec la Guerre Froide que cette pratique sera le plus mis à profit.

Guerre Froide et Torture Sonore

Ce conflit indirect entre l’URSS et les USA qui se déclenche après la Seconde Guerre Mondiale amène avec lui une ambiance particulière. L’heure est à l’espionnage, les services de renseignements sont donc très solicités par les deux camps. 

Que ce soit le KGB, la CIA, le MI5, ou encore les services secrets Français, presque tous les acteurs du conflit s’intéressent à l’efficacité des interrogatoires. Allant de la torture brute à plus sophistiquée en jouant sur les leviers psychologiques, les expérimentations sont nombreuses. 

Le but est de récolter un maximum d’informations avec un minimum de dégâts physiques.

Ainsi, c’est à cette époque qu’apparaît la torture musicale à proprement parler. Là où la Musique et le son deviennent des armes de destruction mentale. On peut aussi observer une sorte de standardisation des pratiques.

En effet, comme peut en attester le manuel KUBARK 1963, document déclassifier de la CIA. Une sorte de mode d’emploi de la torture psychologique. 

Mais ce n’est que dans les années 2000 que ces pratiques commencent à être dénoncées. Et donc mise à la lumière du Grand Public. 

Parmi ces dénonciations, celle de la Guerre d’Irak de 2003.

La Torture musicale en Irak

Le cas de l’Irak n’est malheureusement pas le seul où la torture musicale a été présente. Nous pouvons aussi citer la base aérienne Américaine de Bagram en Afganistan ou encore Guantanamo à Cuba.

Sans non plus oublier la Guerre d’Indochine et du Vietnam.

Le cas de l’Irak est cependant un des mieux documenté. C’est d’ailleurs au Camp Nama et dans la prison d’Abou Ghraib que les pires atrocités ont été commises. Ces lieux de souffrances ont été des endroits où la torture musicale a été largement employée.

Mais faisons un rapide survol du contexte de la Guerre d’Irak de 2003 et des principales forces incriminées. 

Contexte

En 2003, une coalition menée par les Etats-Unis envahit l’Irak. Les raisons officielles de cette opération sont: 

  • Le démantèlement du parti Baas et du pouvoir de Saddam Hussein.
  • Promouvoir la démocratie et la liberté de la femme
  • Neutraliser les armes de destructions massives que possède l’Irak
  • Lutte anti-terrorisme

Mais puisque cet article traite de la torture musicale, nous ne nous attarderons pas sur les polémiques que ce conflit à engendrer. C’est pourquoi nous nous concentrerons principalement sur la lutte anti-terrorisme et ses débordements.

Abou Moussab Al-Zarqaoui

C’est en recherchant Al-Zarqaoui, alors reponsable d’Al-Qaida en Irak, que la Musique sera employée à des fins interrogatoires.

C’est dans le camp Nama et dans la prison d’Abu Grahib que ces pratiques seront le plus utilisées.

De nombreux corps d’armées seront responsables des exactions infligées aux prisonniers dont le principale: la Task Force 6-26.

Pourquoi la Musique pour torturer?

Pourquoi utiliser des bruits, des sons ou encore de la Musique pour persécuter des prisonniers alors que des moyens plus « classiques » peuvent être mis en place? 

La réponse est tout simplement l’absence de sévices corporels. 

« No Blood, no Fool »  littéralement pas de sang, pas de faute. Telle était la doctrine des forces armées incriminées.  De plus, la torture musicale a mis du temps à être reconnu par le Human Right Watch.

Elle n’était donc tout simplement pas réprimandée.

Les ondes sonores possèdent un côté implacable. Elles arrivent à traverser la matière. Elles ne sont pas non plus palpables et il est donc impossible de se défendre contre ses dernières.

Ce caractère implacable et l’absence de blessures externes sont les principales raisons qui ont amener les Américains à utiliser la Musique comme outil de pression sur les prisonniers. 

Aussi, la Musique Irakienne est très différente de la Musique Américaine.

De plus, une citation d’un sergent Américain montre le pouvoir que la Musique peut avoir:

Comment se déroulaient les interrogatoires?

En ce qui concerne les interrogatoires, le manuel Kubark de 1963 donne de nombreuses règles à respecter selon les contextes. Mais, pour faire simple, les interrogatoires se déroule souvent avec le même mode opératoire.

Tout d’abord, les prisonniers sont isolés, et le resteront durant toute leur phase d’interrogatoire, avec très peu d’interactions autres qu’avec leurs interrogateurs. 

Aussi, une autre des grandes particularité de ces interrogatoires résident dans la privation de lumière. C’est ainsi que les prisonniers se retrouvent pendant plusieurs jours, voire semaines dans des pièces totalement coupées du monde.

Seuls des haut-parleurs et parfois une lampe aveuglante comme compagnie.

Les fameuses blackroom. Mais uniquement pour les plus chanceux. En effet, il n’était pas rare que certains prisonniers se voient transférer dans des conteneurs et laissé des jours sous le soleil Irakien. 

Exemple de Blackroom

Black room, salle de torture musicale

Conteneur industriel

Conteneur dans le désert

Mais l’isolement n’est pas le plus atroces. Les tourments commencent réellement au moment où les ondes sonores viennent marteler les tympans des captifs.

Différents types de sons sont utilisés tant qu’ils remplissent une seule règle: appliquer de la souffrance. 

Ainsi, des bruits violents comme des sons de générateurs, de chiens qui aboient, d’explosions, viennent punir persécuter les condamnés jour et nuit.

L’intensité sonore est un levier tout aussi efficace que le son lui même. Les décibels peuvent être le plus grand des supplices. Les militaires le savent et n’hésitent donc pas à jouer sur la puissance sonore des haut-parleurs

Les prisonniers étaient donc à la merci de leurs interrogateurs. Même le plus solide des hommes finissait par être détruit.

Quel type de Musique pour torturer?

N’importe quel son peut devenir une arme, mais dans le cas de la guerre d’Irak certains genres musicaux étaient privilégiés.

Comme le disait le sergent Mark Hadsell un peu plus faut, le Heavy Metal était particulièrement prisé. Cependant, il n’était pas le seul genre largement représenté par la torture musicale en Irak.

En effet, plus largement, la Musique Populaire Américaine de l’époque servait les militaires sur le terrain.

C’est ainsi que les plus gros hits Américains se voient transformer en armes. Eminem, Britney Spears, Marylin Manson, ou encore Bee Geess toutes ses grandes stars participent sans même le savoir aux supplices que subissent les prisonniers Irakien.

Mais ce n’est pas tout. Il n’y a pas que la Musique Populaire Américaine qui sert d’arme psychologique. Certains génériques de dessin animés ou de série pour enfants deviennent à leur tour des moyens de persécution.

Les conséquences d'un tel traitement

Quelles sont les conséquences de cette torture musicale infligée aux prisonniers Irakien? Comme tu peux t’en douter, elles sont lourdes.

Tout d’abord, l’isolement sur plusieurs jours, totalement coupé du monde n’aide pas au niveau du psychisme. Mais la torture musicale cause bel et bien des dommages physiques.

Bien qu’ils ne soient pas visibles au premiers abord, ces tortures auditives détruisent dans un premier temps une grande partie du système auditif.

En effet, notre Oreille est fragile. Par conséquent, une surexposition à des intensités sonores trop élevées et sur le long terme finie par l’endommager. Voir le détruire complètement.

Les problèmes d’hyperacousie, d’acouphène ou même de surdité sont inévitables avec un tel traitement.

Prisonnier de la Musique

Mais la plus grande des punitions réside dans le caractère implacable de ce type de supplice. Les détenus, soumis aux attaques sonores, se voient privés de sommeils.

Il doivent aussi luter contre la douleur que peut dégager une Musique émise à 120 dB. Et ils ne peuvent absolument rien faire pour lutter.

Les troubles mentaux liés à ces pratiques ne sont pas rare. Dépression, troubles du sommeil, apparitions de tics, ou encore toutes autres sortes de traumatismes. 

La liste est malheureusement encore longue.

Que dit la Science?

Biologiquement, nous ne sommes pas fait pour supporter des sons à forts volumes. Ainsi le seuil des 80-85 dB est la limite au delà de laquelle notre système auditif n’est plus en sécurité.

Sur des temps d’expositions longs à cette intensité, nous perdons de l’ouïe. Et toute perte d’audition est irréversible. Au delà des 100 décibels, le son commence sérieusement à être douloureux.

Il faut aussi savoir que tout les +3dB, la puissance sonore est multipliée par 2. 

L'échelle de l'intensité sonore

échelle de l'intensité sonore en décibel permettant de visualiser lorsque le son et la Musique deviennent une arme

L’inntensité sonore n’a pas que des effets néfastes sur notre système auditif. Le son peu tuer s’il a la puissance acoustique suffisamment grande.

Ce type de son, extrêmement puissant, dépassant les 200 dB est très rare. Pour se donner un ordre d’idée, le son d’une fusée Ariane au décollage n’est « que » de 180 dB. 

En revanche, au delà des 120-130 dB et selon la sensibilité de chacun, le son peut causer nausées, vomissements et perte d’équilibre.suffisamment

La Psychologie liée à la Musique

Mais le plus incroyable avec la Musique, c’est qu’elle n’a pas besoin d’être à haut volume pour faire mal. En effet, pour illustrer ce fait, revenons plus tôt dans le passé.

C’est dans le tristement camps de concentration d’Auschwitz que se déroule ce témoignage. On savait à l’époque que les responsables Nazis forçaient les prisonniers à jouer de la Musique Militaire. 

La présence d’instrument au sein des camps n’étaient donc pas rare.

Camp d’Auschwitz (Pologne)

auswitch

C’est donc à Auschwitz qu’un groupe de prisonnier dirigé par Szymon Laks décide de jouer des Musiques de Noël. Leur but était de faire oublier leurs conditions aux autres détenus.

Malheureusement, à leur grande surprise, ils eurent tout l’effet contraire. Forcés d’arrêter de jouer ces aires de Noël à cause des pleurs de leur auditoire.

Mais alors, comment la Musique, même douce et symbolisant la joie peut faire mal?

La Musique a ce pouvoir de nous rappeler des événements passés. Qu’ils soient chaleureux ou triste. Elle fixe aussi des liens émotionnels.

Les liens émotionnels des prisonniers se sont donc heurté à la déshumanisation qu’ils subirent durant leur détention. Ces œuvres musicales joyeuses, conviviales, leur rappelaient leur passé où ils étaient libres.

Les effets chimiques du son

Alors, comment la Musique et le son influent ils sur nos émotions ou même nos comportements? Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers la Chimie.

Mais avant, refaisons un rapide rappel sur la chaîne du son. Pour faire court:

Stimulus → Récepteur → Influx nerveux (Analyse) → Sensation → Réaction

Concrètement, pour revenir à la torture musicale, voici comment cela se passe:

  • Les haut-parleurs diffusent de la Musique = stimulus
  • Le système auditif du détenu interceptent les ondes que les haut-parleurs émettent et les converti en signal électrique (réception).
  • Ce signal électrique est ensuite décodé par le cerveau qui l’analyse.
  • Le système nerveux sécrète des molécules pour donner nous donner des sensations.
  • Vient ensuite la phase de réaction selon les différentes molécules émises. Ici en l’occurrence, l’angoisse, la fatigue, la douleur…

Illustrations de synapses en activité

C’est justement au niveau des synapses que ce processus s’effectue. Les synapses sont les connexions entre les neurones. Sans rentrer dans les détails, elles assurent les liaisons électriques et chimiques entre les neurones.

C’est avec la sécrétion de certaines molécules que la Musique et plus généralement le son jouent sur notre humeur.

Parmi les 3 neurotransmetteurs engendrés par le Son, nous avons:

  • La Dopamine = hormone du bonheur
  • Le Cortisol, très important qui gère le sommeil, le bon fonctionnement du métabolisme mais aussi le stress.
  • Enfin l’Adrénaline qui répond au stress en accélérant le rythme cardiaque, dilatant les veines etc.

Typiquement, c’est en écoutant de la Musique plaisante que la dopamine agit sur notre comportement. Ainsi, c’est grâce à elle que nous avons envie de danser, de chanter à tue-tête ou encore de simplement de bouger la tête.

L’adrénaline est celle que l’on rencontre surtout aux expositions de bruits terrifiants, angoissant. C’est aussi celle sur laquelle les films d’horreur jouent le plus. Tu as déjà dû ressentir ton cœur battre plus vite lorsqu’une scène de suspens arrive.

Enfin, le Cortisol. C’est donc sur ce neurotransmetteur que la torture musicale agit le plus. Avec une constante stimulation liée à la privation de sommeil, le prisonnier finira par craquer.

Conclusion

Nous avons donc que l’utilisation de Musique et de sons dans le but d’agir sur la psychologie humaine remonte à l’Antiquité. Et elle n’a fait que s’améliorer au fil du temps.

La Seconde Guerre Mondiale et la Guerre Froide sont les période où les techniques de torture à l’aide de la Musique ont été largement présentent. 

Mais même avec l’arrivée du XXIème siècle, ce type de sévices continue de s’expérimenter. Nous avons vu le cas particulier de l’Irak, tout en sachant qu’il n’est pas le seul. 

À travers l’Histoire, c’est plusieurs milliers de détenus qui subirent la torture musicale.

Avec son caractère implacable, elle engendre de nombreux troubles physiques et surtout psychiques.

« No Blood, No Foul »

Et pourtant, avec son caractère implacable, la torture musicale engendre de nombreux troubles physiques et psychiques. Ce n’est aussi que très récemment que ces stigmates sonores sont reconnu comme outil de torture.

Le calvaire des prisonniers de la Musique ne s’est pas adoucie avec le temps. C’est donc avec des séquelles irréversibles qu’ils continuent leur vie.

Que ce soit sur le plan psychologique ou physique, le son devient une arme selon son emploie. Et qu’on se le dise, la Musique n’adoucit pas forcément les mœurs.

Sources:

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